NON-CIRCULATING YUN Interview April 8, 1991 M. Christian Pineau ' UM f A Interviewer; Sutter1in NOV Table of Contents , -> UNl The 1956 Suez Cr i s i s The meeting at Sevres 2; 17-19; 27-30 French attitudes toward Nasser and the Israelis 3-6; 21-22; 43-45 The Suez Canal Users' Group 6-7 US policy and John Foster Dulles 7-9; 13 Involvement of UN 9-10; 22; 32-35 Israel's decision to go to war 10 UK plan to land troops at Port Said 11-12 Influence of the war in Algeria 12 Khrushchev's threats 12; 46 Origins of UK-French-Israeli plan 14-17 US informed 19 Planning Israel's withdrawal 2 3-26 Preparations for war 3 0-31 Adenauer's involvement 36-37 The results of Suez 37-39; 47 The influence of the Hungarian revolution 39-40 Origins of peace-keeping 41-42 Assessment of Dag Hammarskjold 47 Influence of lobbies on the Quai 49 JS Alors, Monsieur le Ministre, je voudrais bien d'abord vous remercier pour votre participation dans ce projet d'une histoire orale qui a ete entreprise par Yale University. Et je voudrais bien, s i vous etes d'accord, discuter avec vous cette apres-midi l a crise de 1956 au sujet de Suez. CP Je vous remettrai un l i v r e que j ' a i e c r i t sur ce sujet tout a l'heure. JS Je l ' a i deja l u . CP Ah, vous l'avez deja lu, bon alors! JS Je suis content de vous dire que ce l i v r e est dans la bibliotheque a Yale University et beaucoup lu. Meme j ' a i apport6 quelques citations au sujet du protocole de Sevres parce qu'il y a plus de details a ce sujet dans ce l i v r e l a que n'importe ou. CP Bien sur, bien forcement, j'etais l a . B Selwyn Lloyd y etait? JS Non i l n'etait pas l a au commencement, i l etait l a le second jour. JS Le second jour. CP La i l y a eu un petit malentendu, venu du f a i t que nous avions decide ensemble qu' on ne parlerait pas de cette reunion. Or, au bout de deux ans, un journaliste de Tel Aviv a e c r i t dans un journal toute 1'histoire de Suez. A partir de ce moment l a , ... comme i l avait d i t des choses fausses, j ' a i 6t4 amene a corriger. Ensuite Selwyn Lloyd m'a d i t : non, vous n'auriez pas du parler de cette reunion. A partir du moment 6u quelqu'un avait parle, les autres sont obliges de le corriger, forcement. JS C'est ma premiere question. Vous-meme et Selwyn Lloyd tous les deux 4taient assez recemment devenus ministres des affaires etrangeres. Ma question est, s i vous, vous-meme avez, avant de devenir ministre, prete attention auparavant a la situation dans le Moyen-Orient, surtout a l a situation entre les arabes et les israeliens. Vous etiez deja au courant de l a situation avant de devenir ministre? CP J'ai f a i t partie de tous les gouvernements d'alors; meme s i je n'etais pas Ministre des affaires etrangeres, j'etais quand meme au courant. JS Oui. Et, dans l e Quai d'Orsay, est-ce qu'on on a, a cette epoque l a , considere l a menace egyptienne au Suez Canal comme quelque chose tout a f a i t separee des tensions sur les frontieres d'Israel, ou est-ce que vous avez vu les deux choses comme liees: l e probleme avec le canal et le probleme des frontieres. CP Alors l a , i l y a eu en France des theses differentes. Nous n'avons pas tous pense de la meme facon et en particulier je n'etais pas d'accord avec mon President du Conseil, Guy Mollet. Pour Guy Mollet, Nasser c'etait un nouvel Hitler et cetait l u i qui entretenait la guerre d'Algerie. C'etait la these de beaucoup de francais qui ne pensaient qu'a l a guerre d'Alg6rie. Moi ce n'etait pas ma these pour une raison d'ailleurs assez simple. D'abord parce que j'avais des sentiments particuliers a l'egard des israeliens, non pas parce que je suis j u i f moi-meme, mais parce que j ' a i ete dans un camp de concentration. Et que j ' a i eu 1'occasion dans ce camp de concentration de recevoir un convoi de 3 000 j u i f s presque tous morts ou qu'il a f a l l u soigner dans un etat dpouvantable. J'en avais concu une t e l l e horreur que pour moi, l'etat d'Israel n'a pas ete seulement une acte de politique, mais une revanche sur les souffranees du peuple j u i f . Ca vous parait bien clair? JS Oui. CP Par consequnt, quand les israeliens nous ont demande de les aider a s'armer, car i l s sentaient venir l a guerre — i l s avaient deja eu en '49 plusieures guerres avec les arabes — l a nouvelle menace venait de l a part de Nasser. Nous les avons aides, nous leur avons vendu des armes. En mars 1956, tres peu de temps apres ma nomination au Quai d'Orsay, j'etais v i s i t e r Nasser, dans des conditions un peu speciales. J'dtais a l l e voir Nehru, pour connaitre la position des pays non engages, et Nehru m'avait d i t : "puisque vous retournez directement sur Paris, votre avion s'arrete au Caire. Passez-y 24 heures, et de ma part allez voir Nasser, vouz verrez, e'est un homme beaucoup plus fa c i l e que vous ne le croyez." Je l ' a i f a i t , sans avoir consulte mes collegues du ministere, ce qui m'a valu pas mal de reproches. Je m'arrete done au Caire et Nasser me recoit des le matin dans la matinee de 10 heures a midi reunion au cours de laquelle nous evoquons tous les problemes de l'epoque, les problemes mondiaux, les problemes des pays sous-developes. A ce moment 3 l a j'avais un projet pour les pays sous-developes qui 1'int6ressait beaucoup. Ce fut, je dois le dire une entrevue agreable; un homme comprehensif, aimable. Je dirais que ce n'etait pas du tout ce que je pensais. Puis i l va dejeuner de son c6te, moi un ancien ministre m'invite a dejeuner, nous echangeons des banalites, et l'apres-midi nous avons une deuxieme stance dans laquelle nous avons parle d'Israel. A ce moment l a , 1'homme a change completement. Ce n'etait plus le meme. Alors que le matin i l se montait raisonnable, qu'on pouvait discuter, l'apres-midi c'etait termine. II m'a dit textuellement et, i l etait manifestement sincere, "une de mes tdches, un de mes projets est de detruire 1'Israel". On ne di t pas cela en general a un ministre des affaires etrangeres qui vient vous rendre v i s i t e , ce n'etait pas de 1'usage courant. Done le sentiment etait vraiment quelque-chose de tres profond chez l u i . Lorsqu'il y a eu l a nationalisation du canal trois positions etaient possibles. On pouvait dire: bon la nationalisation du canal s'est faite contre la France et l'Angleterre; contre l'Angleterre peut-etre un peu plus. Surtout e'est un moyen de faire pression sur les Francais dans lax guerre d'Algerie. Ca je n'y croyais pas du tout, ce n'etait pas mon opinion. La deuxieme est d6ja plus valable. A l'heure actuelle tout l'armement de l'armde 6gyptienne est fourni par 1'Union Sovietique. Done on peut supposer, sans preuve du contraire, que 1'Union Sovietique va prendre en Egypt une place 4 extr£mement importante, et que de ce f a i t la possesion du canal, l a po s s i b i l i t y d'en surveiller le t r a f i c peut avoir des consequences politiques considerables. Et l a troisieme 6tait de dire, et c'6tait ma position, s i le canal est nationalise, s i Nasser ne le ferae pas en ce moment i l n'avait aucune raison de le faire pour le redressement, de l'Egypte. C'etait done parce qu'il voulait preparer l'asphyxie d'Israel. Autrement d i t , avant de se lancer avec les peuples arabes contre Israel, i l voulait d'abord fermer le canal par lequel pourrait transiter le petrole et tous les approvisionnements dont Israel pouvait avoir besoin. Comme d'autre part i l tenait Sharm-el Sheikh ou i l pouvait empecher de passer n'importe quelle flotte, a mon avis cette affaire etait dirigee contre Israel. Nous nous reunissons ensuite, entre ce qu'on appelle les usagers du canal; l a aussi on retrouve des differences, des positions opposees. A ma tres grand surprise, i l y a une opinion que Foster Dulles ecarte completement, e'est celle de l a presence des russes sur le canal, ga a l ' a i r de l u i etre completement egal. Cela me surprend un peu, cela surprend aussi Selwyn Lloyd. Quand aux israeliens, i l n'en parle pas et se lance dans une diatribe en disant que nous voulons faire un guerre coloniale, que nous voulons defendre les inter^ts de l a compagnie du canal de Suez. Je dois vous dire honndtement que les interets de l a compagnie du canal de Suez ne m'interessaient guere d'autant moins que Nasser n'avait 5 pas cache son intention d'indemniser la compagnie. Par consequant c'etait un probleme secondaire un simple probleme de chiffres. Mais i l n'y avait pas de problemes de principes. Cette compagnie des usagers, je ne me rappelle plus comment on l'appelait exactement, tournait autour de la question, sans prendre de decision. Pendant ce temps l a , Nasser a refuse tout arrangement, toute discussion. Mais nous eentions tres bien que les Americains n'etaient pas pr£ts a nous soutenir. Sur le moment je dois vous dire que je ne l ' a i pas compris, et je n'ai vraiment compris la politique strangere des Etats Unis a cette epoque l a , que bien apres lorsque e l l e m'a ete revelee par un diplomate americain tres important Mr. Murphy. B Murphy? CP Murphy. E l l e m'a ete revelee par Murphy. Celui-ci m'a dit "vous comprenez, ce que veulent d'abord les Etats Unis, et malheureusement c'est vrai pour l'Algerie, c'est de remplacer l a France et l'Angleterre dans les parties chaudes du monde, car i l s les trouvent trop faibles devant 1'Union Sovietique." XI y avait Chez Dulles une haine, presque religieuse, contre 1'Union Sovietique. Cette haine f a i s a i t q u i ' i l aurait f a i t n'importe quoi pour contrer 1'Union Sovietique. C'etait son probleme numero un. Je peut vous raconter une anecdote en passant. Quand je l ' a i connu pour la premiere fois, cetait peu de temps avant l a nationalsation dans une reunion de l'OTASE, qui avait l i e u au Pakistan. La premiere chose qu'il ma d i t , "Monsieur Pineau, pour moi i l y a deux sortes de 6 gens; i l y a ceux qui sont Chretiens et partisans de l a libre entreprise, et tous les autres." Je l u i a i rependu, "monsieur le secretaire d'etat, Chretien je veux bien, mais i c i nous sommes dans un pays musulman. Et l a lib r e entreprise, ga a un sens en France et aux Etats Unis; cela n'en a pas beaucoup en Pakistan. Done je ne crois pas que ce soit l e fond du probleme, en tout cas pas i c i . " Mais c'etait sa position; i l y tenait fermement. Un an ou deux plus tard, car i l avait f i n i par m'apprecier davantage-chaque fois que j ' a l l a i s a Washington voir mes enfants j ' a l l a i s le voir chez l u i . Avec sa femme nous dinions tous les t r o i s . C'etait tres agreable d'ailleurs, quand i l ne f a i s a i t pas de politique i l etait charmant. Un soir je le rencontre pour le diner et je le trouve tres abattu. Je l u i demande, mais Foster, qu'est-ce vous avez? Vous n'avez pas parle du tout ce soir. II me repond, vous savez, je suis tres decu, tres malheureux. Je l u i demande ce qui se passe? II me d i t "mon f i l s s'est f a i t jesuite." Je l u i reponds: pour moi ce n'etait pas tres grave. Alors i l me repond vous, vous qui 6tes un ath§e. Je proteste mais Foster, je ne suis pas athee, je crois en Dieu." II leve les bras au c i e l et me di t , vous croyez en Dieu et vous etes socialiste? Cela l u i semblait quelque-chose d'impossible. Je pense que c'etait la une des insuffisances fondamentales de sa conception de l'humanite. Diviser le monde en deux suivant l a religion des gens. Personellement j ' a i horreur de meler les questions religeuses aux questions politiques, c'est toujours 7 dangereux. II avait done toujours cru qu'il y avait dans mon esprit une certaine sympathie vis-a-vis de 1'Union Sovietique du f a i t que nous appartenous a deux pays athees. C'etait tout a f a i t r idicule. Je n'ai jamais ete communiste ni de pres n i de loin, je peux vous le garantir. Je reviens a Suez: Devant cette 6chec du club des usagers nous etions dans une impasse. C'est alors que nous sommes alles aux Nations Unies. J'etais en tres bons termes avec Hammarskjold, qui etait un ami. Et j ' a i d i t a Hammarskjold, essayons de faire quelque-chose i c i puisque nous ne pouvons rien faire sur le plan europeen. Alors, i l a f a i t venir Fawzi ministre des affairs etrangeres de Nasser, et nous nous sommes reunis tout les troi s , pendant dix jours. JS Dans son bureau, oui? CP Dans son bureau, pendant dix jours. Nous avons parle et tourne autour du probleme. Finalement nous avions retenu une proposition, qui consistait pour l a France, a reconnaitre la nationalisation du canal pour l'Egypte, a permettre aux navires, a tous les navires sans distinction, de passer par le canal, etant entendu que pour les navires israeliens ceux- c i eviteraient d'emprunter cette voie mas i l s pourraient u t i l i s e r l a mer rouge. C'etait a peu pres ca, et un soir ou nous 6tions mis d'accord nous pensions le probleme resolu. Le soir i l [Fawzi] a telephone a Nasser et Nasser a repondu, non, non seulement les navires israeliens ne passeraient pas le canal mais on fe r r a i t de meme avec les navires en provenance d'Israel ou a destination d'Israel. C'etait 8 l'echec. Je suis done revenu en France. C'est a ce moment la que les israeliens sont venus en France nous voir. Et au cours de cette entrevue de Sevres i l s nous ont d i t : franchement, nous avons 1'intention d'attaquer l'Egypte, car s i nous ne l'attaquons pas maintenant nous serons asphysixies demain; par consequent, est-ce que vous allez nous aider ou pas? Moi j ' a i repondu tout de suite "oui"... JS Ca c'est tres int^ressant c'etait l a premiere fois que vous avez entendu parler de cette idee, de ce plan? CP Ce plan a subi des variations apres. Ils viennent nous demander de les aider. Les aider cela veut dire quoi? Leur vendre des armes, nous le faisions deja. Eux voulaient surtout que nous bombardions l'aeroport du Caire, surtout 1'aviation anglaise, de fagon a ce que les avions egyptiens ne puissent pas venir bombarder Tel Aviv avec tous les inconvenients que cela pourrait avoir pour eux. Ceci dit, i l s regleraient eux memes l' a f f a i r e du Sinai. C'est moi qui negociais, parce que Guy Mollet m'avait confie ce soin. Je reponds par 1'affirmative. C'est alors, et c'est tr#s important, que Selwyn Lloyd propose: "Nous devrions d6barquer a Port Said," ce sont en effet les anglais qui ont imagine l'exp6dition de Port Said. Personnellement je reponds. C'est inut i l e , a quoi cela s e r v i r a i t - i ? Et a ma grande surprise les israeliens acceptent ce debarquement a Port Said, qui ne leur servait a rien. Nous nous sommes r^signes a cette operation parfaitement in u t i l e . 9 Pourquoi les anglais ont-ils agi ainsi? II ne l'ont pas f a i t contre les egyptiens, i l s l'ont f a i t contre les israeliens, pour empfecher ceux-ci de franchir le canal et d'aller au Caire. Car i l s redoutaient qu'il n'y eut aucune solution politique israelienne, alors qu'ils escomptaient une solution politique anglaise. Et cela, c'est une chose qu'aucun journaliste ne comprend. Voila pourtant l a verite. II faut dire que 1'opinion Francaise etait tenement troublee par 1*affaire d'Algerie qu'elle ne pouvait rien comprendre d*autre. Alors a eu l i e u ce fameux debarquement de Port Said qui ne servit a rien. Ce qui est curieux aussi dans cette affaire - je termine l a , cette premiere partie, tout a l'heure je vous d i r a i autre chose - dans cette premiere partie de l' a f f a i r e ce qui est tres curieux, c'est 1'attitude anglaise vis a vis des menaces de Kroutchev de bombarder la Grande-Bretagne. Je connaissais Kroutchev, puisque j'etais d£j& a l l e en Union Sovietique; j'y etais a l l e deux fois. J'dtais meme en tres bons terms avec les sovietiques; i l s ont meme publie mes contes pour enfants. A l'heure actuelle on joue au Bolshoi un op£ra t i r e de mes contes. Aussi etais-je convaincu que l a menace etait ridicule. Jamais i l s ne le feraient. Une t e l l e sottise. Mais le surprenant est qu'Eden l'a cru, et Guy Mollet un peu aussi. Quand je suis retourne l'annee suivante pour faire une etude sur l a planification sovietique avec Kossyguine, je rencontre 10 Kroutchev qui me d i t en riant: "Ce qui me surprend le plus dans 1'affaire de Suez c'est que vouz aviez ete assez naifs pour croire a une menace que je n'avais aucune intention de fai r e . " En rea l i t y ce qui a f a i t reculer l a Grande Bretagne c'est l a menace d'Eisenhower sur l a l i v r e britannique, menacant de faire sauter l a monnaie britannique. Cela i l n'a pas pu le supporter. D'autant moins qu'il avait une tres forte opposition a l a chambre de communes. Voila, pour l a premiere partie de la guerre. Alors maintenant, je reponds a vos questions. JS Je voudrais bien revenir a quelques sujets que vous avez mentionnes. D'abord, l a motivation de Nasser dans la nationalisation du canal. Israel, evidemment etait un facteur tres important. Mais, que pensez vous de 1'action de r e t i r e r l'aide americaine a l a construction du barrage d'Asswan? Etait-ce important, etait-ce decisif? Ou non. CP Je crois que c'6tait important mais pas decisif. JS Pas decisif. CP Oui, je crois que c'etait une deception. Mais, Nasser se vengeait sur qui? I l s se vengeait sur les israeliens, en les empichant de passer l a canal? Ils se vengeait sur l'Angleterre, un peu moins sur l a France car nous n'avions aucune d i f f i c u l t e avec l u i , excepte pour ceux qui croyaient que les Egyptens dirigeaient l a rebellion algerienne. Les francais ne sont jamais sortis de cette idee. JS Ceux qui out perdu l'Algerie, ce sont les colons francais. Une autre question. L'idee de conjuguer 1'action militaire israelienne avec 1'action franco-anglaise, cette idee d'ou est e l l e venue? C'est une idee israelienne, une idee frangaise, ou quoi? En reality, ce n'etait pas seulement une idee israelienne. E l l e a et6 reprise dans certains milieux de l'etat major de France, mais ce n'etait pas les francais qui l'ont imaginee. Si les israeliens ne s'etaient pas senti menaces, i l s ne seraient pas venus nous demander de faire cette operation. S ' i l s nous l'ont demande, c'est parce qu'il savaient - i l s ne se trompaient pas d'ailleurs - que Nasser avait 1'intention de provoquer une guerre contre eux. On peut dire que l'idee vient, quand meme, surtout, des israeliens. II faut dire aussi *• j'en a i parie ensuite avec beaucoup de militaires francais - je m'occupais de la partie diplomatique - mais c'etait Bourges-Maunary qui s'occupait de l a partie m i l i t a i r e , j'en a i parle ensuite avec beaucoup de militaires francais dont General Gambier. Pour ceux-ci, c'est une regie de faire toutes les hypotheses. On prevoit done l'hypothese d'une guerre, meme s i c e l l e - c i ne doit pas avoir l i e u . Et par consequent, les bruits peuvent se repandre dans la presse ou ai l l e u r s selon lesquels l a France prepare une action m i l i t a i r e . Dans des cas de ce genre, a tout hasard, l'armee prepare un plan. Mais e l l e ne 1'applique pas toujours, parfois meme e l l e en prevoit plusieurs, de fagon a avoir une option le moment venue. A aucun moment le gouvernement frangais n^a songe attaquer l'Egypte pour nous venger de la 12 nationalisation du canal. J$ Est-ce qu'il y avait des canaux speciaux entre les militaires Frangais et les militaires israeliens dont vous n'aviez pas, peut etre, connaissance? CP Oh, s i , je sais m£me tres bien qui s'en occupait, c'etait le f i l s du General Mangin qui etait specialement charge de ces contacts. JS Avec Peres. CP Avec Shimon Peres aussi. JS Vous meme, quand est-ce que, pour la premiere fois, vous etes devenu conscient de cette planification entre les israeliens et les francais, les militaires frangais? CP Je l ' a i toujours su parce que Maunary etait un ami. Nous sommes tout deux compagnons de l a liberation. Vous savez ce que sont les compagnons de la liberation? Ce sont ceux qui ont 6te les compagnons du General de Gaulle pendant la Resistance. Nous ne nous cachions rien, nous n'etions pas toujours d'accord mais nous ne nous tirions pas dans les jambes, nous etions loyaux les uns envers les autres. JS Je pose l a question parce que je crois que c'est Abba Eban qui a d i t ou a ec r i t que, justement pendant cette session du conseil de securite a New York, le chef de renseignements militaires israeliens vous a v i s i t e a New York a cette epoque l a . CP Oh, c'est possible je n'en pas un souvenir precis. II y a eu deux sessions du Conseil de securite, celle qui a suivi la nationalisation, 1'autre quelques jours plus tard, qui avait 13 en but de nous faire evacuer Port Said. Les deux.... JS C'est l a premiere. CP Ecoutez, j ' a i parie a ce moment la avec des personnalites israeliennes, mais je n'ai vraiment pas la memoire des noms, et vous dire, avec qui j ' a i parle, je ne le peux pas. JS Oui, je pose l a question surtout parce qu'un peu plus tard quand cette reunion de Sevres est arrivee vous etes a l l e a cette reunion, je crois, selon votre l i v r e , a l'aveuglette. Vous ne saviez pas qui serait l a . . . CP C'est exact. B Mais le sujet? CP Le sujet, je l ' a i devine. De plus, i l f a l l a i t avoir un peu d'imagination. Mais je ne savais pas quelle etait l a delegation, je ne savais meme pas qu'elle serait importante. JS Je crois que quelques jours avant, presque deux semaines auparavant, Golda Meir est venue a Paris, probablement pour discuter l a meme chose, je ne sais pas, ce n'est pas c l a i r . CP Golda Meir est venue a Paris. Je l'y a i rencontree. Mais, nous sommes rest6s dans des domaines precis. E l l e repetait, "11 nous faudra de 1'argent, i l nous faudra des armes, i l nous faudra ceci etc. C'etait une l i s t e preparatoire, s i vous voulez. Alors qu'a Sevres on nous a propose de faire la guerre. JS Oui. CP C'est l a premifere fois que j'entendais cette phrase l a . JS Oui. CP Done presumant que les Israeliens allaient l a faire, qu'est- 14 ce que vous ferez? Est-ce que vous aiderez, ou pas? JS La formule de ce protocole de Sevres est tres interessante. Et je voulais vous demander, comment est-ce que gela se fait? Ce projet de protocole, a - t - i l ete prepare en francais ou en anglais. Est-ce qu'on a parle l a en anglais ou en francais? CP On a parl6 surtout deux langues. On a commence par parler francais, et quand Selwyn Lloyd est arrive, on a parle anglais. JS Une autre question: vous avez connu Ben Gurion depuis longtemps h ce temps l a ou non? CP Oui, j'£tais a l l e a Tel Aviv et on se rencontrait. Et aussi a Jerusalem. JS Alors, c'etait d6ja une amitie. CP Surtout Golda Meir. Oui, je vous disais que j'avais ete tres l i e avec Golda Meir, que je l'aimais beaucoup, c'etait une femme remarquable. Certainement une des personnalites israeiiennes les plus remarquables que j ' a i connues. JS COmrae vous avez d i t , les americains ont ete tres mecontents, surtout parce que i l s n'ont ete pas informes. CP Qa, ce n'est pas vr a i . On les avait informes pas par la voie diplomatique ordinaire, mais par nos services secrets. Mais le rapport qui a ete remis, et ga vous pouvez le confirmer, a l a personnalite americaine competente, n'est arrive sur le bureau de Eisenhower que 14 jours apres. Et cela je ne sais pas pourquoi. JS Interessant, mais i l y avait des contacts directs entre le service de renseignement frangais et l a CIA ou c'etait plutot a travers le Mossad? CP Non, les services secrets francais etaient en contact direct avec l a CIA, mais moi je n'ai pas prevenu 1'ambassadeur des Etats Unis qui 6tait Dillon a cette epoque l a . Je ne l ' a i pas prevenu, parce que ca aurait ete prevenir officiellement les Etats Unis, et nous voulions que nos projects restent discrets. Mais dire que les Americains n'etaient pas au courant ce n'est pas v r a i . Dulles lui-meme, i l est mort malheureusement, Dulles vous 1'aurait surement confirme. JS Alors vous croyez que ce sentiment aupres des americains n'6tait pas vraiment l a motivation principale pour 1'opposition des americains. CP Bon, je vous a i d i t ce que m'a d i t Murphy. Vous le connaissez? JS Oui, mais oui je le connais. II etait mon premier chef. CP Ah bon, c'est tres bien. Et je dois dire j'avais aussi des tres bonnes relations avec l u i . C'est un peu vaniteux ce que je dis l a , je suis generalement en bons termes avec tout le monde. J'ai un caractere plutot amical. Cela ne veut pas dire que je suis d'accord avec tous mes interlocuteurs, 9a c'est autre chose. Meme quand je ne suis pas d'accord, j'aime parler en termes amicaux. Done j ' a i eu de tres longues conversations sur l'Algerie. C'est d'ailleurs ce probleme qui a f a i t tomber le gouvernement Mollet un peu plus tard, et le gouvernment Gaillard lorsque nous avons f a i t appel h Murphy pour nous aider dans 1'affaire algerienne, parce ce que le parlement frangais n'a pas accepte une intervention etrangere, meme amicale. JS Maintenant je voudrais poser une question qui peut etre n'est pas tres gentille. Mais dans ses reflexions Selwyn Lloyd dit qu'Anthony Eden a donn6 1'impression, quand l u i et Lloyd sont venus h Paris et ont parle avec vous et Mollet, que vous, Monsieur l e Ministre, n'etiez pas tenement interesse a arriver a un reglement de 1'affaire. CP Votre question peut avoir deux sens. Qu'est-ce vous voulez dire par la? Est-»ce cela veut dire que je n'etais pas interesse par l a crise ou que je n'etait pas interesse a l u i trouver une solution pacifique. JS Trouver une solution pacifique. CP Je n'aurais pas pass£ dix jours dans le bureau d'Hammarskjold s i je n'avals pas desire une solution pacifique. N'oubliez pas l a deuxieme partie de mon intervention, au mois de mars 1957 quant nous sommes alles aux U.S.A., en voyage o f f i c i e l avec Guy Mollet, c'est l a que nous avons repris de bons contacts avec le President Eisenhower. C'etait bien sur, une v i s i t e de reconciliation, or, au cours de cette v i s i t e , Hammarskjold me f a i t venir, a New York, et i l me d i t : "Ecoutez, j ' a i actuellement Fawzi dans mon bureau, est-ce que nous ne pourrions pas reprendre la conversation pour trouver quels arrangements nous pourrions prendre etc." Je dis oui, je ne dis pas non, mais la i l a f a l l u que je consulte tout le monde. Je ne pouvais prendre sur moi une decision definitive. Je rentre le soir meme a Washington, je demande d'abord l'autorisation de Guy Mollet, j'en parle a Eban, qui etait sur place et qui me repond: "Je vous laisse toute liberty, vous pouvez prendre toutes les decisions que vous voulez, j ' a i confiance en vous, vous ne trahirez pas les israeliens." Foster Dulles de son cote m'a d i t : "Faites ce que vous voulez, ce que vous ferez, je le r a t i f i e r a i . " Je suis done parti avec trois mandats, qui n'etait pas s i mal, et je suis arrive dans cette reunion qui se tenait au domicile personnel d'Hammarskjold. La nous avons discute presque amicalement. Apres avoir passe presque la journee entiere, dejeune ensemble, nous nous sommes mis d'accord sur l a meilleure solution possible de l a crise, c'est a dire 1'ouverture de Sharm-el Sheikh avec l'ocupation du detroit par les troupes des Nations Unies, le degagement du canal, dont nous aurions pris une partie des frai s enfin sur 1'essentiel. Nous discutons done toute l a journee et nous nous mettons d'accord sur une formule qui a ete appliquee pendant dix ans, jusqu'au jour ou les Nations Unies out retire leurs troupes. Les evenfements de '67 l'ont remis en question et sont la cause de toutes les d i f f i c u l t e s actuelles. Done nous etions arrives & un accord, qui etait exactement celui qu'on avait telephone a Nasser en octobre 1955, et qu'il a refuse. C'est assez amusant comme histoire. JS Ca c'est au sujet du canal. CP Au sujet du canal, je dois ajouter que mon f i l s a ete cinq ans directeur d'Air France au Caire. Et j ' a l l a i s le voir 18 deux ou t r o i s fois par an. J'ai ete recu par Sadate, et j'etais tres ami avec le Ministre des aff a i r s etrangeres et dans les meiileurs termes avec le gouvernement egyptien. JS Mais vous meme vous avez develope, je crois, un plan pour le r e t r a l t des israeliens de Gaza, la bande de Gaza. CP Pas de l a bande de gaza. Ce n'etait pas s i simple, et i l y a eu plusiers negociations. II y a eu d'abord la sortie, 1'Evacuation par Israel de toute l a partie arabe de la region du Sinai etc. Et Gaza a f a i t l'objet d'un sort special, je ne sals pas trop pourquoi finalement. Je crois qu' une erreur a et6 commise. hes israeliens ont voulu garder Gaza pour avoir une zone tampon avec l'Egypte, et cela leur a coute excessivement cher en argent, en hommes et en d i f f i c u l t e s . Je ne crois pas qu'ils aient f a i t une bonne operation. A part ca, je n'etais pas a leur place. JS Mais vous n'avez pas mis ce plan au point ensemble avec Foster Dulles? Parce que Abba Eban parle d'un plan Pineau- Duiles pour le r e t r a i t des israeliens de l a bande de Gaza. CP Ce n'est pas tout a f a i t exact. J'ai lu le l i v r e de Abba Eban qui n'est pas trfes objectif. Maintenant, i l est tres d i f i c i l e de juger les memoires de quelqu'un d'un autre pays, parce que je ne sais pas quels etaient les rapports d'Abba Eban avec son gouvernment. II y a des ambassadeurs auquels le gouvernment f a i t toute confiance pour negocier, d'autres qui, au contraire, travaillent sur leur propre i n i t i a t i v e . Chez Abba Eban je n'ai pas trouve... dans son l i v r e pour ce qui concerne les evenements de 1956-57 une relation tout a f a i t exacte. JS Mais vous avez alors repondu a 1'invitation de Dag Hammarskjold e€ dejeune avec Fawzi a New York. Qu'est-ce que VOUS avez f a i t alors? Vous avez rappele a Fawzi le plan pour le r e t r a i t des israeliens, en vue de s'abondonner du Sinai? CP On n'a pas encore parle de depart; non, on n'a pas evoque 1'evacuation du Sinai a ce stade. JS C'est un peu plus tard je crois. CP Sensiblement plus tard. JS Oui. Mais plus tard a l'Assemblee Generale de l'ONU les Americains - par l a bouche de Cabbot Lodge ont f a i t une declaration au sujet de Sharm el-Sheikh; et je crois que Golda Meir a f a i t aussi une declaration au sujet de Sharm e l - Sheikh et de Gaza. Les egyptiens, eux n'ont d i t rien, i l s sont restes silencieux. Et est-ce que vous, vous avez explique aux egyptiens tout 9a. CP Oui, bien sur. JS Et vous avez obtenu l a confiance des egyptiens? CP L'acquiescement. JS Oui. Avant que l'Assemblee Generale ne se reunisse. CP Nous n'avons meme pas raconte a l'Assemblee Generale le sens de ce dejeuner, i l s ne le connaissaient pas. JS Le dejeuner c'etait avant. CP Oui, mais mime au courant. Ce n'est pas de cette maniere que la question a ete regiee. JS Ce point n'a pas ete discute? CP A l'Assemblee Generale, on ne nous a meme pas pose des 20 questions, Peut-etre dans les couloirs, mais pas en public. II y a eu un accord general de discretion a ce moment l a . JS Avec Fawzi. CP Oui. Nasser, qui a 4t6 un despote, etait extremement orgueilleux. Nasser ne voulait pas qu'on dise qu'il avait cede. Alors s i tout cela avait ete d i t a l'Assemblee Generale, on aurait raconte que Nasser avait cede sur t e l et t e l point. I l ne voulait surtout que cela fut d i t . Done on en a le moins parle possible. JS M. le Ministre, je voudrais bien revenir a cette reunion de Sevres* Si vous pouviez expliquer un peu plus 1'atmosphere de Sfevres. Chose incroyable puisque Ben Gurion, Golda Meir, vous, Guy Mollet, Selwyn Lloyd etaient tous l a . Quelle etait 1'atmosphere? CP Les Israeliens sont arrives dans l'apres midi pour l a conference du lendemain, et, le soir, j ' a i dine avec eux. Nous avons un peu parle de tout. II n'y avait que moi comme francais* J'etais seul avec eux, i l n'y avait pas d'anglais a ce moment. C'est alors que j ' a i f a i t vraiment l a connaissance de Ben Gourion. Je l'avais deja rencontre mais plus brievement. La reunion fut extremement cordiale, nous avons beaucoup parle des camps de concentration, de tout ce que j ' a i vu l a « bas. C'etait vraiment une prise de contact avec un bloc humain pour lequel j'avais eu beacoup de p i t i e . Le lendemain - je ne me rappelle plus le nom du representant britannique qui etait l a - les autres sont venus plus tard - nous avons attendu un peu, je savais ce que les Israeliens allaient dire parce qu'ils m'avaient confie l a v e i l l e , mais les anglais ne le savaient pas. Je l u i a i seulement di t : je crois que les israeliens vont nous faire une proposition. Et Ben Gourion parle a ce moment l a et di t : "Nous avons 1'intention de faire l a guerre a l'Egypte parce que nous ne pouvons pas faire autrement; avec l a fermeture du canal et les canons egyptiens a Sharm-el Sheikh nous ne pouvons meme plus nous r a v i t a i l l e r en petrole. Si nous attendons six mois pour faire l a guerre, nous n'aurons pas les moyens de la mener. Done nous avons l'intention de la faire: qu'est-ce que vous allez decider? J'ai repondu Soit! nous allons vous alder. Deja nous vous avons promis des armes, des avions, meme des pilotes. JS Ca c'etait deja decide auparavant? CP C'est a ce moment l a que Ben Gourion se tourne vers le britannique et d i t : vous, francais, vous avez des avions de chasse valables, mais pas capables des bombardements suffisants. Est-ce que vous etes prets a bombarder l'aeroport du Caire? JS Ce sont les israeliens qui ont pose cette demande? CP L'anglais a repondu: bien, je rendrai compte a mon gouvernement, mais je crois pouvoir vous dire que ce sera une reponse probablement positive. Le lendemain la reponse est venu par l'interm6diare de Selwyn Lloyd qui a donne son accord, en posant une condition prealable: le debarquement a Port Said. Cette proposition de debarquement a Port Said, je ne m'y attendais pas. Je fus pris de court; ma premiere r6ponse a meme 6t6 negative. A ce moment la Ben Gourion a d i t : "Moi je n'y vois aucun inconvenient." Ainsi Ben Gourion n'avait pas, contrairement a ce que pensaient les anglais, l'intention d'envahir l'Egypte. Ce qui est tout a f a i t idiot dans cette affaire, car c'est vraiment de 1'idiotie, c'est cette idee que nous allions pouvoir occuper le canal. On n'imaginait pas l a pagaye qui pourrait regner sur le canal avec toute l'armee egyptienne en train de le repasser, poursuivis par les israeliens. II n'y aurait pas de quoi faire passer une voiture. II y a des choses stupides comme ca auxquelles on ne pense pas, mais i l n'existait aucun moyen pour une troupe franco-anglaise d'aller occuper le canal; c'etait irrealisable. Quand Nasser ensuite a commence a couler des bateaux, alors l a confusion a ete a son comble. JS Je l i s , justement, cette portion du protocole, comme vous l'avez 6crit qui d i t "concernant ces evenements les gouvernements britanniques et francais annoncaient leur intention de lancer simultanement deux appels en vue de demander aux egyptiens d'arreter tout action de guerre, de ret i r e r leur troupes a dix miles du canal etc." Une question, est-ce que vouz avez cru que c'etait vraiment possible de garder cela comme secret? CP Non certainement pas... C'est tout ce que je peux vous dire. D'ailleurs je ne crois pas au secrets militaires. JS Quand vous et les anglais ont lance 1'ultimatum, je crois que presque tout le monde a immediatement realise qu'il existait un plan, un plan entre les israeliens, les anglais et les 23 francais. CP Ce n'etait pas ce que vous appelez un plan, mais un accord. JS Un accord. CP Oui, parcequ'un plan suppose toute une serie de details qui justement n'ont ete definis qu'apres. Surtout au point de vue m i l i t a i r e . La preparation? Dire que les francais et les anglais avaient f a i t des preparatifs militaires considerables? Pas du tout! Les preparatifs ont dure assez longtemps avant qu'on ne debarque a Port Said. II n'y a d'ailleurs pas eu de bat a i l l e . Nasser a trouve le moyen d'inventer, c'est de bonne guerre d'ailleurs, une bataille de Port Said qui n'a pas eu l i e u . Nous avons eu un seul tue, un camion etant rentre dans un mur, c'est tout. II n'y a pas eu de bataille a proprement parler. JS Et l a France n'a pas f a i t beaucoup de preparations alors pour une action militaire? CP Pas tenement. JS Les anglais? CP Les anglais avaient une preparation beaucoup plus poussee, parce qu' eux pensaient des le depart a ce debarquement. JS Oui, mais est-ce que vous auriez pense serieusement a une action mi l i t a i r e unilaterale, meme s i les israeliens n'avaient pas pris 1'initiative? CP Certainement pas. JS Pas? CP Certainement pas. La je vous reponds par l a negative. JS Mais les anglais s i , peut-etre. Mais en tout cas l a France, 24 non? CP Je ne peux pas repondre pour eux mais je ne le crois pas. Si vous voulez appeler cela une pretexte, nous 1'avons s a i s i , ca je dois le reconnaitre . Mais on ne peut pas dire que nous l'aurlons f a i t sans eux. JS Monsieur le Ministre je voudrais maintenant vous demander quelque chose au sujet de Dag Hammarskjold. J'ai I'impression que Dag Hammarskjold l u i meme etait tres degu apres cette session entre vous et les egyptiens et les britanniques parce qu'il croyait qu'on pourrait arriver a une reglement, a une solution. CP Nous y sommes arrives en '57. JS Je veux dire plus t6t. Avant 1'action m i l i t a i r e . CP Ecoutez, i l etait l a quand Fawzi a telephone a Nasser, dans son propre bureau, Hammarskjold. Moi j ' a i ete s o r t i , mais Hammarskj old etait reste. JS C'est encore une question pas tout a f a i t gentille. Aviez VOUS vraiment l'intention serieuse d'arriver a un reglement, a une solution l a , dans ces conversations, s i cela aurait ete possible. CP Mais naturellement. JS OUi. CP Quel interet aurais-je eu a n'en pas trouver? JS Oui, moi je peux vous le dire. Vous connaissez sans doute le l i v r e de Brian Urquart qu'il a ecr i t au sujet de Dag Hammarskjold 25 CP Non, je ne l ' a i pas l u . JS Ah c'est tr£s interessant, mais dans ce l i v r e . . . CP II a £te traduit en francais? B Je ne sais pas, je ne l ' a i pas vu en tout cas. CP S i ce n'est pas traduit en frangais... je l ' a i peut etre lu mais l a lecture en anglais me prend du temps. JS Je crois vous vous y interesserez beaucoup parce qu'il donne beaucoup de details justement a ce sujet, et surtout sur cette reunion h t r o i s dans le bureau de Dag Hammarskjold, a quatre vraiment, parce que Dag Hammarskjold etait l a , bien entendu. Et dans ce l i v r e . . . CP Dans l a deuxieme reunion i l n'y avait pas d'Anglais. JS Non, mais je veux dire l a premiere. CP La premiere. JS La premiere, oui! La deuxieme avec Fawzi non! C'est seulement vous et Hammarskjold et Fawzi. Non c'est la premiere, avant 1'action mil i t a i r e . Et Urquart donne 1'impression qu Hammarskjold y est venu. Je crois que c'est Hammarskjold qui a mis au point les six principes qui ont ete discutes. CP I l s etaient relativement simples. En f a i t tous les problems etaient simples. Pour moi i l n'y en eu qu'un seul, celui de liberer ou non le passage dans le canal. Et i l n'y en avait pratiquement pas d'autre. JS C'etait l a question principale pour vous? CP Ah, c'etait l a seule. JS Y. inclus les israeliens, les navires pour Israel. 26 CP Bien sur j'etais interesse par les consequences d'un blocus sur Israel. Que les armes ne transferent pas par le canal, c'etait acceptable, mais a condition que Sharm-el Sheikh soit l i b r e . JS Etiez-vous conscient de la deception d'Hammarskjold que ga n'a pas r6ussi. CP Nous etions tous decus. II y a eu une deception generale quand Fawzi est revenu et nous a di t que Nasser n'avait pas accepte. Moi aussi j ' a i ete tres degu. JS Peut-etre aurais-je du dire que Hammarskjold etait plus que degu. Est-ce qu'on peut dire "bitter." B Amer; i l avait meme pense a demissioner. C'est Lester Pearson je crois, qui 1'avait cru. CP II ne l'a pas d i t , je ne sais done pas. J'ai eu beaucoup de conversations avec Hammarskjold, nous etions arrives a etre en tres bons termes, i l m'avait explique quelles etaient ses methodes. Je me rappelle un jour avoir dejeune avec l u i en prive* Je l u i demande: mais quel est votre secret? II me repond: quand j ' a i un probleme tres d i f f i c i l e aux Nations Unies je tisse des f i l s autour du probleme, je le ligote, je le tourne jusqu'au moment ou on ne voit plus rien. Quand on ne voit plus rien, et que personne ne comprend plus rien, alors je propose une solution. JS Une tout autre question maintenant. C'est tres interessant. Quand Anthony Eden a telephone a Guy Mollet a Paris, je crois que vous meme etiez l a dans son bureau. CP J'etais l a , et Adenauer aussi. JS C'est ca ma question, justement. Est-ce qu' Adenauer a vraiment compris ce qui se passait? CP Bien sur. JS Oui? CP II a compris, et c'est l a qu'il a eu cette formule extraordinaire "Maintenant i l faut faire 1'Europe." JS Ah oui. CP Et les negotiations de Bruxelles qui pietinaient, out demarre d'un seul coup. Quelques mois apres on a signe le trai t e de Rome. On peut dire que 1'affaire de Suez pour 1'Europe a ete excellente. JS On est "retourne vers 1'Europe." CP On est "retourne vers l'Europe." Ce qui etait excellent. Moi jen'etais pas tellement degu par 1'affaire de Suez. Si l a presse frangaise n'avait pas pris le point de vu des arabes, ga n'aurait pas ete trop penible. JS Et vous croyez qu' Adenauer a eu une influence benefice, pour ain s i dire, avec Dulles? Pour l a reconciliation entre la France et les Etats Unis? CP Comment puis-je parler de ce que c'est l a reconciliation avec Eisenhower quand Guy Mollet est a l l e le voir et moi je suis a l l e voir Dulles. Et nous n'avons jamais ete en mauvais termes avec Dulles, sauf quand i l croyait que j'etais athee, mais a part cela... B Les jesuites. Je crois que Dulles detestait encore plus les j esuites. CP Alors j'ajoute quelque chose de suite qui est tres importante. Suivant 1'opinion publique francaise, 1'affaire a 6te desastreuse. E l l e a ete desastreuse parce que les francais et le general de Gaulle l'ont exploitee. Les francais ont eu 1'impression que s ' i l y avait un co n f l i t majeur en Europe, les americains qui ne nous avaient pas SOutenu a Suez ne nous soutiendraient pas non plus en Europe. Et c'est l a raison qui a motive le depart du general de Gaulle de l'OTAN. Et c'est l a raison pour laquelle les francais ont accepte ce depart de Port Said. Pour la majorite parlementaire, c'etait mauvais. La presse, e l l e n'a rien compris. JS Vous avez parle dans votre l i v r e de votre interet pour le ti e r s monde et signale votre peur que cette affaire de Suez n'ait une influence negative sur les investissements dans les pays sous developpes. CP E l l e etait negative un peu par notre faute parce que beaucoup de journaux francais ont f a i t passer 1'affaire pour une expedition coloniale, alors que justement nous voulions le contraire. Cela m'a beaucoup gene dans l a suite. JS Oui, et quel etait le resultat? CP Sur mes projets sur l'aide? JS Justement. CP Nul. Les Americains nous ont repondu: "Nous voulons signer nous mime nos cheques." Les Russes nous ont d i t : "Nous voulons faire nous meme notre propagande, ce qui fut la maniere capitaliste et la maniere marxiste de dire la meme 29 chose. Le general de Gaulle a repris le projet l u i meme, guelque temps apr£s son arrivee au pouvoir. JS Monsieur le Ministre, une autre question, a un autre sujet. A 1'6poque de l a crise du Suez i l y avait aussi une crise en Hongrie. Et ma question c'est: est-ce que, vous-meme, et Guy Mollet, avez pense a cette crise l a quand vous avez reflechi sur l a crise de Suez? Est-ce qu'il y a une lia i s o n entre les deux, dans votre pensee? CP Non. JS Pas du tout. CP Non, nous n'avons pas etabli de liaison directe. Cela me confirmait surtout dans ma pensee que les Russes n'etaient pas prepares a ce moment-la, de bombarder l'Angleterre. JS Oui, mais dans un autre sens - c'est d i f i c i l e a expliquer ga en frangais - mais, "to distract attention from." Pour a t t i r e r 1'attention ai l l e u r s . CP I l s ne l'ont pas f a i t pour ga. I l s l'ont f a i t parce qu'ils estimaient que c'etait une necessite strategique, non pas pour a t t i r e r 1'attention ai l l e u r s . JS Oui, mais ma pensee est differente. C'est, s i — hypothese - '** s i 1'action mi l i t a i r e franco-anglo-israelienne n'avait pas eu lieu* est-ce qu'il est certain que les Russes auraient agi ainsi contre l a Hongrie? CP Non. JS Vous croyez? CP Non. Je le crois fermement. Ce sont deux idees fondamentalement differentes. L'une correspond au desir eternel de 1'Union Sovietique de jouer un role dans la region de l a mediterranee. Ce fut toujours la politique des tsars et de tous russes; i l s n'ont jamais change. L'autre crise est due a l a politique des blocs, celle de YALTA. Apres Yalta pour 1'equilibre de 1'Europe la Hongrie, devait rester dans le bloc sovietique et i l f a l l a i t prendre tous les moyens pour y parenir. II y a l a deux idees differentes. JS L'autre question, et peut-etre l a derniere. Vous avez beaucoup de patience. CP Cela ne m'ennuie pas du tout, au contraire, quand on arrive a un certain fige, que peut-on faire d'autre que temoigner? JS Cette question est au sujet de l a force de l'ONU, des Nations Unies, de peacekeeping. Force de maintien de paix. CP Je dis "les casques bleus." JS Casques bleus, c'est ca. En tout cas, Selwyn Lloyd d i t que c'est l u i qui a eu le premier cette idee d'une force de casques bleus et qu' Anthony Eden a f a i t un discours a la Chambre des deputes avant que Lester Pearson reprenne cette idee a New York. Ma question: Est-ce qu'il y avait une semblable idee i c i en France, est-ce que vous et Guy Mollet y pensiez auparavant? CP Qui j'y a i pens6 et j'en a i meme parle avec Hammarskjold. JS Vous meme? CP Oui, moi*imeme. Je n'ai pas f a i t de discours, mais j'avais parl6 avec Hamarskjold des casques bleus. JS Quand Lester Pearson a introduit sa resolution a l'Assemblee Generale, a ce sujet, je crois que vous-meme etiez sur place. CP Oui. JS Et 1'attitude francaise etait positive, ou est-ce que vous avez f a i t des reserves? CP pas du tout. JS Non? CP Pas du tout! JS Pourquoi? CP Parce-que c'etait conforme a mon opinion, et a celle de Guy Mollet. A Sharm E l Sheikh que pouvait on faire d'autre? Si vous ne mettiez pas de casques bleus a Sharm El Sheikh, vous n'aviez rien. De toute facon le canal etait bouche. Done, pas de question! JS QUand j ' a i l u votre l i v r e j ' a i eu 1'impression que vous-meme etiez plus realiste que les anglais, au sujet de cette force des Nations Unies. Les anglais ont voulu, a tout prix, avoir les troupes anglaises et frangaises comme membres de cette force. CP La, nous n'avons pas pu resister. Cela ne nous interessait pas d'avoir des francais dans la force. Ca ne changeait rien, au contraire. II eut ete bien de choisir des pays moins engages. JS Ce n'etait pas une question importante. La chose importante C'etait de denouer cette crise. CP C'etait de permettre le ravitaillement d'Israel, voila. En petrole en particulier. Comme Israel f a i s a i t venir son petrole d'Iran, le petrole passait par le sud et i l arrivait directement sur Acaba. On n'avait pas besoin du canal. 32 JS Avec ga nous pouvons peut-etre retourner au commencement de l a question. La France avait deja decide de donner des avions a Israel, les relations etaient tres bonnes. Et ma question est: pourquoi? Quelle etait le base de cette relation, en ce temps la? CP Le gouvernement de cette epoque etait exclusivement compose de resistants et de deportes. JS C'est ga l a raison. Parce qu'en ce temps l a les relations entre Israel et l a France etaient meilleures que leurs relations avec les Etats Unies. Je veux dire entre Israel et les Etats unis. CP II est d i f f i c i l e de comparer. Cetaient des relations d'ordres differents. II existait des relations sentimentales incontestables. JS Et gela a joue vraiment un role? CP Pour moi, oui. Je n'ai pas commence a penser qu'il y avait un probleme j u i f , pour moi l'antisemitisme ne representait rien de concret. Les choses ont commence en 1933-34, puis i l ya eu l a guerre, puis l a deportation. J'ai vu l ' a n t i ­ semitisme sous son plus cruel aspect. J'ai considere que la creation de l'etat d'Israel etait une revanche sur cette souffranee des j u i f s . JS Ca c'est tres important, peut-etre ga je vous le d i r a i , je nous I'expliquerai en anglais: In fact then, this question of a sympathy for Israel because of the past, really runs through the entire episode beginning 33 before the Suez Cri s i s even, and then really serving as a Strong motivation for France's action. CP oui, J'ai compris. JS Oui, je crois moi aussi que j ' a i compris. CP En ce moment; je dois dire qu' a l'heure actuelle, je ne suis pas d'accord avec le gouvernement israelien. JS C'est tout autre Chose maintenant. CP C'est tout autre chose. Les circonstances ont change, done l a , je ne suis plus d'accord. Et la politque du Likud me parait non seulement dangereuse mais suicidaire. JS VOUS avez deja d i t , je crois, que les menaces sovietiques n'ont pas eu beaucoup d'influence sur l a politique francaise a ce moment l a . CP Moi, je repete ce que j ' a i d i t . J'ai eu des relations avec Kroutchev qui etaient tout a f a i t bonnes. Et s i les anecdotes ne vous ennuient pas... JS Non. CP J'aime bien raconter des anecdotes parce que 9a allege un peu les... La premiere fois que j ' a i vu Kroutchev c'etait en 1954, deux ans avant les evenements de Suez. Le parti socialiste etait a l l e faire une v i s i t e au parti communiste. Quant nous faisions des vis i t e s en commun, Guy Mollet, qui n'etait pas un debateur, f a i s a i t la presentation; et ensuite C'est moi qui prenais le rela i s . Le premier jour avec Kroutchev, Guy Mollet commence, i l souligne l'amitie indefectible qui unit les deux peuples, et celle qui l i e le parti communiste sovietique au parti socialiste frangais etc... gentil discours1 Et Kroutchev repond... et ensuite je reprends l a discussion: je ne parle pas d'amitie indefectible alors que nous ne sommes pas d'accord sur beaucoup de problemes. Nous sommes i c i pour les expliquer, voire les rapprocher. J'explique que je ne suis pas d'accord avec beaucoup de points de la politique sovietique. Le soir apres le diner, Kroutchev me f a i t venir un moment dans un coin avec un interprete. Et i l me d i t : M. Pineau, je vous alme bien. Et je vous explique pourquoi. Parce que vous n'6tes pas aussi menteur que Monsieur Guy Mollet, qui n'a aucune amitie pour nous. Ca c'est authentique. JS Monsieur le ministre, apres les evenements, et meme juste aujourd'hui, est-ce que vous avez trouve qu'il y avait quelques lecons a t i r e r de ces evenements, de la crise de Suez? Est-ce qu ' i l y avait l a une lecon pour l'avenir? Pour l a France ou pour l'ouest? CP Dans l a pratique c'est surtout 1'Europe qui a profite de ces crises. Nous pensions alors perdre la face; en realite c'est 1'Europe qui s'abandonnait. C'est ca l a premiere lecon a t i r e r de cette affaire. Et l a seconde c'est que j ' a i change d'avis sur l'ONU, parce que les successeurs de Dag Hammarskjold n'etaient pas de la meme classe que l u i . J'ai vraiment cru aux Nations Unies a ce moment l a . JS Ah, c'est un point de vue interessant; apres l a crise vous dtes reste p o s i t i f , pour ainsi dire, dans votre opinion sur les Nations Unies? CP J'ai passe quinze jours aux Nations Unies pour plaider le probleme algerien. C e t a i t un exercise d'avocat, pas de p o l i t i c i e n . J'ai gagne avec une voix de majorite. J'aurais du en avoir deux mais je me suis trompe parce qu'on m'avait donn6 un mauvais renseignement sur le nom d'un des presents. JS Et alors, je vois que vous etiez alors tout-a-fait s a t i s f a i t de Dag Hammarskjold? CP Moi, je l'aimais beaucoup. JS Oui? CP Je l'aimais beaucoup. Malheuresement nous avons eu un ambassadeur de France qui a, a cette epoque a perdu son sang­ froid. JS Oui. CP On a du le remplacer. C'est embetant de remplacer un ambassadeur quand i l f a i t des erreurs trop vis i b l e s . JS Je crois que 1'ambassadeur Alphand etait pour quelque mois affecte a New York. CP Ah non, Alphand n'etait pas en ce temps 1'ambassadeur a l'ONU. JS A Washington, je crois. CP A Washington. Quand je parle de 1'ambassadeur a l'ONU, i l s'agissait de Cornet-Gentil. JS Gentil. CP Gentil. JS Qui est tombe malade:, je crois. C'est peut-etre vraiment l a derniere question. L'ambassadeur d'angleterre aussi avait des d i f f i c u l t e s , pas avec sa sante, 36 mais i l parait que ni 1'ambassadeur francais, ni 1'ambassadeur anglais ne savaient rien du plan de Sevres. CP Non, evidemment, evidemment, je ne vois pas de ministere de la defense nationale qui mettrait au courant ces deux ambassadeurs de nos plans militaires. Cela va de soi. JS Ce fut une surprise alors pour 1'ambassadeur? CP Evidemment. Meme au Quay d'Orsay, j ' a i certains collaborateurs qui n'etaient pas tres contents que je ne les aie pas mis au courant. JS Encore une question: Vous avez parle, je crois, dans votre l i v r e d'un lobby arabe dans le ministere des affaires etrangeres d'Angleterre. Ma question: est-ce qu'il y avait Un t e l lobby chez les diplomates de carriere du Quai? Est-ce qu' i l y avait une tendance a soutenir les Arabes contre les juifs? CP Le Qua! etait surout compose d'un personnel p o l i t i s e et pas autre. C'est ainsi qu'il y avait un lobby Mendes-France anti-europeen. Qu'est-ce qu'il y a encore? JS Les diplomates de carriere? CP Les diplomates de carriere, le Vatican. JS Est*ce que ces lobbys ont eu un influence sur vous ou sur Guy Mollet au sujet de Suez? CP Non. Il-y-a un des membres du Quai d'Orsay qui est a l l e trouver Guy Mollet en disant, "Ce que f a i t M. Pineau est abominable, etc." Alors Guy Mollet m'a appele le soir meme et m'a d i t : Voila ce que m'a raconte un de ces gens. Le lendemain je l ' a i convoque dans mon bureau, pour apprendre ce q u ' i l avait a me dire. En f a i t , on me trouvait pas assez anti-Sovietique. JS Alors Monsieur le Ministre, merci bien. 38 NAME INDEX Alphand, Herve 36 Bourges-Maunary, FNU 12 Comet-Gent i l , Ambassador 36 de Gaulle, Charles 13, 29, 30 Dillon, Douglas 16 Dulles, John Foster l , 5 , 6, 16, 18, 19, 28 Eban, Ebba 13, 18-20 Eden, Anthony 1 0 , 17, 27, 31 Eisenhower, Dwight n , 15, 17, 28 Fawzi, Mahmoud 8, 17, 2 0 , 2 1 , 25-27 Gambler, General 12 Hammarskjold, Dag 1, 8, 17, 18, 2 0 , 25-27, 3 1 , 3 5 , 36 Hitler, Adolf 2 Kroutchev, Nikita 1 0 , 1 1 , 3 4 , 35 Lloyd, Selwyn 1, 2 , 5 , 9, 15, 17, 2 1 , 2 2 , 31 Mangin, General 13 Meir, Golda 14, 15, 2 0 , 21 Mollet, Guy 2 , 9 , 1 0 , 16-18, 2 1 , 27, 28, 30-32, 3 4 , 3 5 , 37 Murphy, Robert 6, 16, 17 Nasser 1 - 3 , 5 , 6, 8, 1 1 , 1 2 , 18, 2 1 , 23-25, 27 Nehru 3 Peres, Shimon 13 39 UNITED NATIONS ORAL HISTORY PROJECT ORAL HISTORY AGREEMENT I, \^ for S"> fifth \ j-^/j-/ / (Interviewee) hereby agree to participate i n the United Nations Oral History Project, sponsored by the Yale University Institution for Social and Policy Studies, and consent to the recording by magnetic audio tape of (an) interviewj^f with. Jpyypre* ^ft rl,'h (Interviewer) on &y±l i f f f i (Date) at far^ (City) , .fr-c^t^.g (State). I t i s my understanding that a typed transcript w i l l be made of such tape(s) and returned to me for any necessary corrections. I hereby agree that i f for any reason I have not returned the transcript with my corrections to the Institution for Social and Policy Studies within three months of the time i t was sent to me, the Project Staff may edit the transcript and make i t available for research and other use as provided here below. In the understanding that the tape(s) and transcript(s) w i l l be preserved at the United Nations and made available for hist o r i c a l , scholarly and (as deemed appropriate by the United Nations) public information purposes, and that copies w i l l be placed on deposit at Yale University for research and study, I hereby grant, assign, and transfer legal t i t l e s and a l l li t e r a r y rights in the tape(s) and transcript(s) to the United Nations. However, i t i s agreed that neither the United Nations nor Yale University w i l l publish or authorize publication of the transcript(s) or any part thereof during my lifetime without my written permission. ^ , v . . . (Interviewee) ~ (Date) (Interviewer) " ( D a t e ) (For the Institution of Social and Policy Studies) (Date)